« La guerre sera finie pour Noël. »
— Chaque guerre, chaque côté, chaque fois
« Les guerres commencent avec enthousiasme et se terminent en déplétion. »
— Peter Senner
Guerre & Conflit
Quand des acteurs rationnels produisent le carnage. Quand arrêter devient trahison. Quand la structure exige du sang pour justifier le sang.
Les Pertes Justifient les Pertes
La Structure
La guerre commence (raisons variées, souvent rationnelles à l’époque). Des pertes se produisent.
Ces pertes doivent avoir un sens. Donc : continuer à combattre. Plus de pertes. Les pertes
précédentes plus les nouvelles pertes doivent avoir un sens. Donc : continuer à combattre.
Jusqu’à la déplétion. Puis la paix (non par perspicacité, par effondrement).
Pourquoi Chaque Acteur Est Rationnel
- Soldats : Font leur devoir. Des camarades sont morts, ne peuvent pas les laisser mourir pour rien.
- Généraux : Stratégie investie, doivent montrer le succès.
- Politiciens : Capital politique engagé, démission si défaite.
- Population : Fils perdus, besoin de sens dans le sacrifice.
- Économie : Économie de guerre en cours, la paix signifie restructuration coûteuse.
Pourquoi Ça Échoue Collectivement
Chaque perte devient justification pour la suivante. La seule issue : ne plus rien avoir.
Pas la sagesse. La déplétion.
Exemples Historiques
- WWI Verdun (1916) : 700 000 victimes, zéro gain stratégique. Continué parce qu’arrêter rendrait les pertes précédentes insignifiantes.
- WWI Somme (1916) : Premier jour : 57 000 victimes britanniques. Campagne continuée cinq mois, justifiée par les pertes déjà subies.
- Vietnam : Escalade justifiée par les pertes précédentes. « Ne peuvent pas les laisser mourir en vain. » Plus meurent. Répétition.
- Afghanistan (tous participants) : 20 ans. Chaque année justifiée par l’investissement précédent.
Le Piège
Arrêter signifie admettre : Toutes ces morts étaient inutiles. C’est insupportable. Donc continuer.
Jusqu’à ce que la défaite ou la déplétion force l’admission.
La structure ne se brise pas par perspicacité. Elle se brise par déplétion.
Le Pacificateur comme Traître
La Logique
Quelqu’un propose la paix (reddition, armistice, négociation). Cela empêche la « victoire ».
La victoire justifierait les pertes. Paix sans victoire = les pertes étaient insignifiantes.
Donc : le pacificateur est un traître.
La Dolchstoßlegende (Mythe du Coup de Poignard dans le Dos)
Allemagne, novembre 1918. Guerre se terminant. Armée « invaincue sur le terrain » (pas vrai, mais cru).
Armistice signé. Guerre se termine.
Question : Pourquoi avons-nous perdu si nous gagnions ?
Réponse : Trahison. Traîtres à l’intérieur. Juifs, socialistes, criminels de novembre.
Le mythe : Nous aurions gagné, mais des ennemis internes nous ont trahis.
Pourquoi C’est Structurel
Les pertes exigent un sens. La défaite militaire n’offre pas de sens (nous avons échoué).
La trahison offre un sens (nous avons été poignardés dans le dos).
Le récit protège l’identité collective. Nous n’avons pas échoué. Nous avons été sabotés.
Conséquences
Le mythe génère la guerre suivante. « Cette fois, sans traîtres. »
Allemagne 1933-1945 : La continuation directe. Éliminer les « traîtres ». Mener la guerre « correctement ».
Résultat : Destruction totale. Parce que la structure exige maintenant un engagement total.
Le Schéma Se Répète
- Post-Vietnam : « On ne nous a pas laissés gagner » (politiciens, médias blâmés).
- Post-Afghanistan : Divers récits de blâme.
- Chaque « cause perdue » : Génère un mythe de trahison.
La structure se protège en externalisant l’échec. Puis se reproduit par vengeance.
Le Paradoxe de Tirpitz
La Configuration
Kaiser Wilhelm II. Obsédé par la puissance navale. Construit une flotte massive (plan Tirpitz).
Objectif : Égaler la Grande-Bretagne. Gagner le respect. Projeter la puissance.
Résultat : La Grande-Bretagne perçoit la menace. Course aux armements navals. Escalade.
Facteur contributif à WWI.
L’Ironie
WWI commence. Flotte allemande… reste au port.
Pourquoi ? Trop précieuse pour risquer. Royal Navy britannique supérieure. Une bataille majeure (Jutland, 1916) – match nul tactique, victoire stratégique britannique. Flotte retourne au port. Reste. Attend.
La flotte qui a aidé à causer la guerre ne combat pas dans la guerre.
Le Dernier Retournement
Novembre 1918. Guerre se terminant. Haut commandement allemand ordonne à la flotte de prendre la mer. Mission suicide. Restaurer l’honneur.
Les marins refusent. Mutinerie. Kiel, 3 novembre 1918.
La mutinerie se propage. Devient révolution. Kaiser abdique le 9 novembre.
La guerre se termine.
La Structure PI Complète
- Flotte Tirpitz aide à causer la guerre (course aux armements, hostilité britannique)
- Flotte ne combat pas (trop précieuse, stratégiquement inutile contre force supérieure)
- Flotte termine la guerre (mutinerie déclenche l’effondrement)
- Flotte blâmée pour « trahison » (Dolchstoßlegende)
Le projet préféré de Wilhelm – son enfant chéri – devient le bouc émissaire de la défaite.
Pourquoi Chaque Acteur Était Rationnel
- Wilhelm : – Construire la flotte pour le prestige, projection de puissance
- Tirpitz : – Exécuter la politique, créer force navale
- Commandement naval : – Préserver la flotte (trop précieuse pour perdre)
- Marins : – Refuser mission suicide (mort inutile)
- Population : – Besoin de bouc émissaire (ne peut accepter défaite militaire)
Tous rationnels. Tous ont contribué à la catastrophe.
La Leçon
La structure qui cause le problème devient la structure qui « trahit ». Le système dévore ses propres enfants. Rationnel à chaque étape.
Tous sont coupables. Personne n’est fautif.
Pourquoi les Guerres Ne Finissent Pas Plus Tôt
La Question
Tout le monde sait que WWI est un carnage. En 1916, c’est clair : impasse. Aucune victoire possible.
Pourquoi continuer ?
La Réponse
Arrêter nécessite d’admettre : Les pertes précédentes étaient pour rien.
L’autre côté avait raison. Nous avions tort. Moralement, stratégiquement, existentiellement.
C’est doublement insupportable.
Les politiciens ne peuvent l’admettre (perdraient le pouvoir). Les généraux ne peuvent l’admettre
(perdraient leur position). Les soldats ne peuvent l’accepter (camarades morts pour rien).
La population ne peut le supporter (fils morts pour rien – et pour la mauvaise cause).
La Structure
Chaque mort devient investissement exigeant un retour. Plus de morts = plus d’investissement.
Plus d’investissement = retour requis plus élevé. Retour plus élevé = plus impossible à atteindre.
Plus impossible = combat plus désespéré.
Boucle de rétroaction positive. Jusqu’à la mort.
Le Point de Rupture
Pas la perspicacité. L’effondrement.
Quand il ne reste plus rien à sacrifier. Alors, et seulement alors, la paix.
Le Paradoxe de la Guerre Suivante
La Logique
La guerre se termine (déplétion, défaite, négociation). Le mythe de trahison émerge
(Dolchstoß, politiciens, contraintes). Récit : « Nous aurions pu gagner, mais… ».
La génération suivante grandit avec le mythe. Le mythe génère la motivation :
« Finir ce qu’ils ont commencé. Pas de traîtres cette fois. ».
La guerre suivante commence, encore plus totale, parce que des « leçons » sont tirées
de la « trahison » précédente.
Schéma Historique
- Guerre Franco-Prussienne (1870-71) → Revanchisme français → WWI.
- WWI (1914-18) → Dolchstoß allemand → WWII.
- WWII (1939-45) → Divers mythes nationaux → Tensions de la Guerre froide.
- Conflits post-coloniaux → Cycles sans fin.
Le Piège
Les guerres génèrent des mythes qui génèrent des guerres. La structure se reproduit par la
mémoire. Chaque guerre « apprend » de la précédente comment combattre plus totalement.
Le progrès signifie l’escalade.
Ce Qui Ne Fonctionne Pas
« La Guerre Est L’Enfer » – Dissuasion par l’Horreur
Ne fonctionne pas. Chaque génération pense : « Cette fois sera différente. Nous sommes préparés.
Nous sommes plus forts. Nous ne serons pas trahis. ».
L’horreur est abstraite jusqu’à être vécue. Alors, trop tard – pertes déjà investies.
« La Paix par la Force »
Courses aux armements. Chaque côté construit pour dissuader. Chaque côté perçoit la menace.
Escalade. Guerre.
Tirpitz n’a rien appris. Chaque nation le répète. Actuellement : arsenaux nucléaires, course aux armements IA.
« Cette Fois Nous Avons Appris »
Non. La structure n’a pas changé. Les leçons sont tactiques, pas structurelles.
De meilleures armes n’empêchent pas la guerre. Elles la rendent plus efficace.
« Droit International / ONU / Traités »
Fonctionnent jusqu’à ce qu’ils ne fonctionnent plus. Quand les enjeux sont assez élevés,
les structures écrasent les règles.
Les lois sont en aval du pouvoir. Le pouvoir crée des exceptions.
Ce Qui Pourrait Naviguer
Ne Pas Commencer
Évident. Ignoré. Parce que les raisons de commencer semblent rationnelles à l’époque.
La décision de commencer engage dans le cycle de justification des pertes.
Arrêter Tôt
Nécessite d’admettre l’erreur alors que les pertes sont « petites ». Structurellement très difficile.
Les dirigeants qui admettent l’erreur perdent leur position.
Accepter le Non-Sens
Les pertes étaient insensées. L’ont toujours été. Aucune quantité de pertes futures ne créera du sens.
C’est insupportable. Donc : rare.
Épuiser D’Abord
Les guerres se terminent par déplétion. Si vous savez cela, peut-être épuiser plus vite ?
Problème : Accélérer la déplétion signifie accélérer la perte. La structure résiste.
Briser le Cycle – Ne Pas Générer de Mythes
Après la guerre : ne pas créer de récits de trahison. Accepter la défaite comme structurelle,
pas personnelle.
Nécessite une maturité culturelle. L’Allemagne après 1945 y est parvenue (partiellement).
Cela a nécessité une destruction totale.
Le Schéma à Travers les Conflits
Ce Qui Se Répète :
- Escalade Rationnelle : Chaque décision a du sens à l’époque.
- Piège des Coûts Irrécupérables : Les pertes justifient l’investissement continu.
- Mythes de Trahison : L’échec est externalisé pour préserver l’identité.
- Reproduction Cyclique : Les mythes génèrent le conflit suivant.
- Inévitabilité Structurelle : Sans déplétion, les guerres continuent.
La Reconnaissance
Les PI de guerre n’indiquent pas que les humains sont irrationnels ou mauvais.
Elles indiquent que les structures écrasent la rationalité individuelle.
Les soldats ne sont pas stupides. Les généraux ne sont pas fous. Les politiciens ne sont pas des monstres.
Ce sont des acteurs rationnels dans une structure qui produit le carnage.
Tous sont coupables. Personne n’est fautif.
C’est le paradoxe de la guerre.
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